Féministe mal baisée

Aujourd’hui, comme hier, le féminisme n’a pas très bonne presse… auprès de la gente masculine et auprès de celles qui ne veulent pas se mettre la gente masculine à dos.
Et j’ai l’impression qu’il n’y a pas de juste milieu.
On l’est à fond, dans la colère et le mépris des hommes ou on ne l’est pas du tout quite à mépriser celles qui le sont.

Nier le féminisme, ça voudrait faire croire que la femme est l’égale de l’homme en ce qui concerne son statut dans les domaine juridiques, politiques et économiques dans la société. Alors qu’elle ne l’est évidemment pas.
Par exemple, le salaire mensuel d’une femme est inférieur de 24% environ à celui d’un homme et cela, juste parce qu’elle est une femme. Je ne parlerai pas des retraites, des tâches ménagères etc etc…
Les femmes sont également en première ligne des violences sexuelles: 149 femmes sont mortes en 2019 sous les coups de leur conjoints ou ex dans l’indifférence totale (seule quelques associations féministes décident de crier leurs noms haut et fort pour qu’elles existent).

Pourtant, quand on aborde le sujet dans nos milieux professionnels, ça ne semble pas être un problème. Pas pour les hommes en tout cas.
« ces bonnes femmes, toujours en train de se plaindre, de revendiquer des trucs à la con, alors qu’elles ne sont pas si mal loti que ça. Qu’elles s’estiment heureuses ».
Quand tu affirmes ton féminisme, tu passes pour une mal baisée.
Et puis comme t’as pas forcément envie d’étaler ta vie sexuelle à chaque revendication :
-« non, mais moi ça va, je jouis, j’aime baiser, tous les jours même! 
-Tous les jours? vraiment?
-Oui oui, je peux revendiquer du coup?… »
Tu te mets un peu en retrait.

Et puis pour pousser cette réflexion philosophique un peu plus loin: derrière chaque femme mal baisée, il y a souvent un homme qui est concerné!
Alors prudence!

Bref, mon interlude sexuel étant terminé, et qui était juste un prétexte pour capter votre attention, je peux continuer.

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Dans le monde du vin, qui est très sexiste (si si, il l’est), la femme n’a pas son mot à dire, ou assez peu. Ou il faut qu’elle soit bien entourée… de mâles. Qui affirment sa crédibilité.

Maintenant, c’est le moment de me citer des noms de femmes exemplaires…!!
Et c’est bien ça le problème, il faut être exemplaire.
Alors que des hommes pas exemplaires, y en a plein nos instances dirigeantes, plein les vignes. Mais ils n’ont pas besoin de l’être…exemplaire…

Quand on s’adresse à moi, par exemple, il est arrivé qu’on me parle « des collègues de mon mari » pour me parler de mes collègues vignerons.

Je me suis alors demandée  à partir de quel moment on est considérée comme Vigneronne au sein du monde Vigneron ?
-Si c’est ton rattachement à la MSA en tant qu’exploitante qui fait foi ?
-Si c’est ton nombre d’heures passées au travail?
-Si c’est juste une reconnaissance professionnelle complètement aléatoire de tes « pères » (et non pas de tes mères! )?
-Si c’est une expérience professionnelle de plusieurs années?
-Si c’est un truc qui se transmet de père en fille?
-Ou s’il faut coucher?!

Objectivement, je n’ai pas la réponse à cette question.
D’ailleurs, quand on me pose la question:
-Vous faites quoi dans la vie? »
je réponds
-On est vignerons!
Comme si j’étais un imposteur (une impostrice? imposteuse, même ce mot n’a pas de féminin putain!)
Comme si j’avais honte d’être ce que je suis parce que je ne le suis pas vraiment vu qu’on ne me reconnait pas comme tel.

Pour tout vous dire, j’ai sacrifié mon statut professionnel pour le Domaine. A une époque où ça n’allait pas très bien économiquement , où j’élevais mes enfants en aidant aux tâches à la vigne, au bureau etc, j’ai décidé de prendre les choses en main, de m’occuper de vendre ce qu’on produisait et de ne plus le vendre au gros négoce, cela sans être rémunérée, sans avoir de statut, puis en ayant un petit statut de conjointe collaboratrice, c’était déjà pas si mal!
Je ne voulais pas être une charge pour le Domaine. Parce qu’on n’en avait pas les moyens. Alors j’ai bossé pour la gloire, en sacrifiant ce que serait ma retraite et en espérant que l’amour dure toujours, jusqu’à ma mort qui ne devrait pas être trop lointaine, vu la retraite que je toucherais!

Evidemment, Bruno n’est pas responsable de ça. C’est notre Monde qui l’est. C’est culturel. Une femme, dans le monde du vin, ça ne vaut pas grand chose et les femmes, elles même, en sont convaincu.
Je n’étais pas persuadée que je ne valais rien. J’étais juste persuadée que je devrais prouver que je vaux un petit quelque chose!

Voilà. la plupart des femmes vigneronnes sont dans mon cas. Derrière un homme qui représente  ce qu’elles sont. Derrière des hommes, pas les leurs, qui défont ce qu’elles font quand elles osent faire.

Ce ne sont pas ici des complaintes de féministes mal baisées. Juste un regard objectif sur ce qui se passe autour de moi et de ce que j’ai pu subir et entendre pendant  mon court mandat de Coprésidente de BBB.
D’ailleurs, juste cela aurait du me faire réfléchir ! Quand t’es une femme, t’as besoin d’un Coprésident.
-tu devrais être contente, toi qui veux l’égalité homme femme
euhhh oui, sauf que quand c’était un homme président, il n’avait pas de femme à ses côtés!

J’ai démissionné.
Parce que je ne suis pas un punching ball pour mâle en quête de virilité.

#Beaujolais

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