Le vin en question #JulesChauvet

L’autre soir, c’était Théatre et le thème: Jules Chauvet et « Le vin en question ».
Au lycée Bel Air, le lycée de Yohan, notre apprenti depuis presque 2 ans.
Ils étaient chargés, Thibault et lui, de faire un travail de communication sur cet événement.
Mission réussie. La salle était bien remplie.
Bravo aussi aux comédiens qui ont rendus accessibles à tous, un début de réflexions réservées souvent à quelques uns.

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Les travaux et les réflexions de Jules Chauvet semblent à priori n’intéresser qu’une majorité de vignerons…bio…
Il  serait pourtant intéressant de débattre et d’échanger avec des vignerons qui ont une vision différente de la nôtre.

Jusque là, je ne me suis jamais vraiment intéressée  à Jules Chauvet, j’avoue.
Je ne sais pas trop pourquoi. Peut être parce que souvent, j’entends des vignerons qui s’y réfèrent… Juste pour se donner de l’importance. Que j’avais l’impression que c’était le pote à tout le monde et que si t’avais pas été pote avec lui, c’était un peu la loose.

Quoi?………… t’as pas connu Jules Chauvet?

Et j’apprends qu’il est mort en 1989, qu’à cette époque,  j’étais en fac d’allemand et que j’étais censée lire Kafka, Brecht et Goethe, en allemand de surcroît, et que Chauvet et ses travaux sur le vin étaient bien le dernier de mes soucis.

Non, je ne l’ai pas connu. Et je ne le connais toujours pas. Mais il a imposé beaucoup de réflexions à l’issue de cette pièce…réflexions qu’on a, nous aussi, depuis 20 ans et des questions auxquelles on tente de répondre en corrigeant et adaptant nos méthodes culturales.
Car ce que j’ai bien compris, c’est que, comme nous, il a cherché des réponses à des questions toute sa vie.

Les temps ont changé depuis Jules Chauvet. On doit adapter nos réflexions avec les changements intervenus.
Que seraient ses propos aujourd’hui? Lui qui disait qu’il fallait que la vigne souffre, que les rendements soient très modérés pour avoir des raisins de qualité, qu’il fallait se servir des levures indigènes des raisins, qu’il ne fallait pas utiliser de soufre ou très peu, qu’il fallait labourer etc etc…
Personne ne l’a entendu ou quoi? Tout le monde parle de Jules Chauvet mais personne ne l’a écouté en fait ?
A part peut être quelques-uns?

Après la représentation, on a abordé différents sujets sur le Bio, le travail des sols, les vinifications naturelles, les cépages résistants, les essais divers…

Les vignerons bios, je crois, n’ont pas attendu qu’on fasse des essais dans les chambres d’agriculture, ou qu’on leur dise quoi faire.

C’est bien eux, sur le terrain, avec leurs expériences diverses qui font et feront encore avancer les choses dans la direction qu’ils ont choisi. Par leurs erreurs, leurs essais dont ils n’osent pas toujours parler, par leurs échecs et leurs quelques réussites.

Ce que je reproche à l’agriculture moderne, c’est de vouloir tout maîtriser.

Aujourd’hui, par exemple, on ne veut plus de  maladie dans les vignes. Alors on travaille sur l’implantation de cépages résistants.

Des cépages qu’on n’aura plus besoin de traiter, de soigner. Des genres de Superman de  la vigne.
Mais il y a une chose dont on nous parle pas, c’est du sol… Parce qu’on l’a oublié depuis bien longtemps.

Le sol?
C’est le terroir?
Ce truc qu’est censé donner le goût au vin? Ce p’tit goût d’terroir quoi.

Va t-on aussi concevoir un super sol qu’on n’aura plus besoin de désherber, où l’herbe ne poussera jamais plus? Le rêve de tous les agriculteurs depuis la nuit des temps. Adieu biodiversité et petites fleurs des champs. Bonjour sol lunaire que l’on pourrait nettoyer avec des aspirateurs géants.

On ne sait parler de l’herbe ou des différentes variétés qui poussent encore uniquement comme des concurrents à la vigne. Qu’il faut supprimer, éradiquer, détruire.

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On te répète que l’herbe, c’est ton ennemi, qu’avec elle tu cours à la perte de ton domaine. Que tu ne produiras plus ou très peu, que tu vas mourir à petit feu, que si tu ne la gères pas, tu seras bannis du cercle fermé des bons vignerons.

C’est très subjectif d’être un bon vigneron. Non?
Je sais par expérience qu’on peut être adulé par certain et méprisé par d’autres. Mais c’est une façon de ne pas prendre la grosse tête. D’ailleurs, le syndrome de la Grosse Tête devrait être considéré comme une faute professionnelle grave!

Aujourd’hui on retrouve des doses importantes de pesticides dans l’eau du robinet, dans les cheveux de nos enfants… Certains désherbants comme l’Atrazine, interdit depuis 2001, sont encore produit à hauteur de 5000 tonnes par an… On en fabrique encore et qu’on les vend à des pays comme l’Ukraine qui ensuite vont nous revendre les produits que nous ingurgiterons…

Mais tout le monde s’en fout. On se dit  que si ces produits sont agrées, c’est qu’ils sont… agrées. Et qu’on peut les utiliser. Qu’ils n’ont qu’à les interdire s’ils ne veulent plus qu’ils soient utilisés.

Il faut juste réaliser qu’on ne travaille plus en bio comme on travaille en  conventionnel. Que brusquement, ce ne sont plus les firmes chimiques qui pensent à notre place, parce qu’elles n’ont plus de solution pour nous.
Parce que le marché n’est pas assez lucratif.

Bref, encourageons les jeunes à penser par eux même. Leurs réflexions seront toujours plus censées, même maladroites, que celles des vendeurs de pesticides.

Nous avons tous été très touché, lors de la soirée, par un jeune vigneron qui a pris la parole et qui a voulu témoigner de sa conversion bio. Je me suis rappelée mes colères, mes angoisses, la solitude quand cela s’est imposé à nous y a 20 ans.
Aujourd’hui, les jeunes ne sont plus seuls. Il y a un groupe solide et bienveillant en Beaujolais. Il faut s’y appuyer, s’y référer, ne pas s’isoler.

La Bio, ce n’est pas une rhétorique. Ce n’est pas parce que tu en parles que tu préserves l’environnement et la santé des autres. C’est un engagement, un vrai. Sur le terrain. Pas juste un discours vert qui sert à vendre. 

Yohan arrive au terme de sa formation chez nous.
Nous lui avons transmis beaucoup de nos incertitudes mais aussi nos convictions profondes.

On ne devrait jamais dire à des jeunes que c’est impossible. On ne doit pas les affliger de nos propres échecs!
Ils sont tous capables du meilleur, il suffit juste de leur en faire prendre conscience.

Alors bravo Yohan pour ce début de chemin parcouru, et bon vin!

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