Simone et Nicolas

Et si, à l’occasion de cette Saint Valentin, je vous racontais une histoire?
Celle de Simone et Nicolas.
La plus jolie des histoires d’amour que je connaisse.

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On est en 1944, Nicolas, fils d’immigrés italien, tombe sous le charme de Simone, fille d’épicier… à la sortie de la messe.
Il ne cesse de penser à elle. Ne pense qu’à revenir à Lyon pour la croiser à nouveau
Il entreprend, au bout de quelques semaines, de lui écrire une lettre.
Avant tout, il décide de demander l’avis de Monsieur le Curé, qui, par chance, ne voit pas d’inconvénient à ce qu’il entre en contact avec elle.
Alors il prend son courage à 2 mains et lui écrit la plus jolie lettre d’amour qui soit.

 C’était le Tinder de 1944 ! Mamie a matché direct, Papi s’est lancé, ils ont chatté doucement mais surement, prenant de plus en plus d’assurance et ça a collé mieux que sur Tinder! Pas besoin d’un autre essai!Y avait juste Dieu là au milieu, ce qui manque peut être au Tinder d’aujourd’hui!

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A l’heure des sms et de WhatsApp, que restera-t-il de nos échanges amoureux?

Ce sera le début d’une longue histoire d’amour qui durera 64 ans.

Je remercie au passage ce Curé (assez rare par les temps qui courent…) car sans son accord,  notre famille n’existerait pas!

Nicolas, c’est mon Grand Père et Simone, ma Grand mère.
J’ai découvert, comme toute la famille, le début de leur histoire dans toutes les lettres que ma Grand Mère a confié à ma mère avant de mourir. Une boite, pleine à craquer, de longs échanges, de doux partages de plusieurs mois.

On réalise, dans ces lettres, la sincérité, dès le début de leur attachement l’un à l’autre.
Qu’elle était l’amour de sa vie, qu’il ne la quittera plus.
Qu’il était celui qu’elle aimera toujours.
Et l’importance de Dieu dans leur vie à tous les deux.
L’importance de fonder un foyer « Jociste », d’avoir des enfants (ils ont une fille et quatre garçons), des petits enfants , et des arrières petits enfants. Parce qu’ils ont pu profiter de tout ça, de nous tous, beaucoup!

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Famille Jacobelli (Jaco pour les intimes) mais aussi le Pépé Bouchet, la Marraine (sa femme après la mort de la mère de ma Grand Mère)

Nous avons fêté, il y a quelques semaines, les 100 ans que mon Grand Père  aurait eu en ce mois de janvier 2020.
Il est parti en 2008 quelques années avant ma Grand mère.
J’ai eu très peur. Je me suis demandée comment elle ferait pour vivre sans lui.
Mais je me suis rassurée en me disant qu’elle y arriverait sans doute mieux que lui sans elle.
J’ai toujours plus confiance au courage des femmes à résister aux épreuves! Ne me demandez pas pourquoi, je ne sais pas!

Depuis toujours, je les ai vu l’un avec l’autre.
Lui, veillant sur elle. Il était ses mains et ses pieds parce que la polyarthrite l’a handicapée dès ses 35 ans et de plus en plus.
Il avait toujours ses yeux posés sur elle, pour qu’elle n’ait pas mal, qu’elle n’ait pas froid, il l’aidait à s’asseoir, à se lever, à se laver, à se coucher, à toutes les choses de la vie quotidienne. Parce qu’ils ont refusé, tous les deux, que quelqu’un d’autre le fasse à sa place.
Jamais elle ne se plaignait de cette maladie qui fait mal et jour et nuit, je l’ai appris plus tard.

Lui, il exécutait ses ordres en sifflotant, toujours souriant!
Quand il l’a relevait de sa chaise, souvent, pour ne pas dire toujours, il en profitait pour lui faire un calin plein de tendresse,  un peu brusque, en riant. Elle faisait mine de s’en offusquer.  Je faisais mine de n’avoir rien vu!

Mon Grand Père était un homme qui devait venir d’une autre planète (de celle de Bruno je crois). Qui n’avait pas d’arrières pensées. Naïvement, il avait une vraie confiance en l’être humain et en l’humanité. En la politique. De gauche. Parce qu’il pensait qu’elle pourrait rendre tout le monde heureux. Vraiment. Il ne parlait jamais plus fort que les autres. Il aimait nous regarder heureux autour de lui. ça lui suffisait.

Ma Grand Mère, fille d’épicier, un peu bourgeoise, avait un sacré tempérament. On dit que j’en ai hérité. Voilà. Tout est dit!
Elle était déterminée, militante, féministe ( je l’ai compris en grandissant!)!
J’entendais souvent qu’on disait d’elle qu’elle avait mauvais caractère. Je n’ai jamais trouvé!
Elle me disait qu’il fallait aller voter, que c’était important, qu’ils s’étaient battu pour ça. Depuis qu’elle est partie, j’avoue, je n’y vais plus. Elle comprendrait pourquoi, je le sais.

Elle partageait avec moi ses lectures et tellement de choses. J’étais la première des petits enfants. J’ai compris bien plus tard que c’est une place très privilégiée avec l’arrivée de ma petite fille Lily. On ressent à la naissance de sa première petite fille un sentiment indescriptible qui oscille entre la maternité, l’amour et je ne sais quoi de très fort et d’incontrôlable. Et tout cela est conforté par l’arrivée des suivants où l’on est plus apaisé dans ses mêmes sentiments.

Tous les deux, ils nous ont montré ce que c’est qu’Aimer. Toute une vie. Et comment c’est difficile alors que ça nous paraissait tellement simple à les voir.
Quand il l’a regardait, c’était comme au premier jour. Elle était ce qu’il avait de plus précieux au monde.

Je regrette aujourd’hui de ne pas avoir posé plus de questions.
Quand on vit avec les gens, on pense tout connaître d’eux, surtout quand ils sont là depuis qu’on est né.
J’aurais tellement aimé qu’ils me racontent tout ça.
Mais peut être qu’on ne raconte pas ces choses là.

Vous devez penser que j’ai enjolivé les quelques passages de leur histoire. Parce que c’est la saint Valentin.
Et pourtant…. c’était encore plus joli. Même si la vie n’a pas épargné ma Grand Mère… La maladie lui a pris ses hanches, ses chevilles, ses mains, ses coudes, ses épaules, son cou…Son corps tout entier.
Les gens disait à mon grand Père « Que tu as du courage » et lui, quand ils étaient partis, il lui disait « c’est pas moi qui aie du courage, c’est toi ».

Ils me manquent.
J’ai dit à ma Grand mère que je ne voulais pas qu’elle donne son corps à la science.  Ce qu’ils ont fait tous les deux. Parce qu’elle nous les prend pour jamais ne nous les rendre. Et qu’on a nul part où aller pour se recueillir. Et que j’aurais aimé aller leur parler sur une tombe comme font les gens tristes dans les films.
Elle ne s’est pas justifiée sur cette décision. On le savait depuis longtemps que c’était pour faire progresser la recherche, sur sa maladie et d’autres,  mais on l’a vraiment réalisé à la mort de mon Grand Père… Et je n’ai pas aimé ça.

Je passe de temps en temps dans le quartier où ils habitaient et, à chaque fois, c’est avec des gros sanglots que j’arrive au bout de la rue… Et à chaque fois, je me dis que la prochaine fois, promis, je ne pleurerais plus!

On sait tous qu’on a eu beaucoup de chance qu’ils soient nos Grands Parents. Qu’ils soient notre famille. Ils ont toujours accepté nos choix, nos erreurs et accueilli nos bonheurs avec tellement d’enthousiasme!

Alors même s’ils ne se sont jamais posés comme un modèle, ils le resteront à jamais.

Pour les 100 ans de Papi!

2 Commentaires

  1. Très jolie histoire pleine de romance je rêve toujours d’une si jolie histoire ahah. Il faut profiter de chaque moment que la vie nous offre pour profiter de chaque moment car une fois qu’il parte on ce s’aperçois que nous n’en avons pas assez profiter et c’est le plus triste mais il faut ce souvenirs de tout ces merveilleux moment et que leurs histoire vie a travers vous

    1. Merci petite Marie de ton commentaire!Les histoires d’amour sont toutes pleines de romances, et il faut quelquefois se battre un peu, ne pas abandonner à la moindre difficulté. Et ce sont les épreuves qui nous rendent bien souvent plus fort! Toi aussi, tu auras ton prince Charmant! <3

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