Lettre ouverte au violeur de ma fille

Lettre ouverte au violeur de ma fille

Voilà 4 longues années, que je m’adresse à vous, et que ça tourne et retourne dans ma tête.

Je te vouvoie aujourd’hui, mais j’avoue te tutoyer dans ces moments là, et puis je me dis que ça serait trop familier, ici.
ça pourrait aussi amener une figure de style méprisante. Alors je reconnais avoir hésité.
Bref, je vais rester sur un vouvoiement.

Mais il n’ a rien de respectueux. Qu’on soit bien clair.

Et je me suis donc enfin décidée à vous écrire aujourd’hui, pour que vous puissiez me lire, peut être un jour, si toutefois vous en avez le courage, celui-ci qui vous manque tellement.

Je n’arrive pas, depuis ce viol, à prononcer votre prénom.
Alors vous êtes « l’autre connard », « l’autre » ou « le violeur de ma fille ».
Comme si vous attribuer un prénom, c’était reconnaître que vous êtes capable d’humanité et quelqu’un de respectable. Mais ce n’est pas le cas.

Quand on entend votre prénom, avec Elodie on se regarde et on se dit « quel prénom de merde ». C’est pourtant un prénom de personne surement très respectable. Mais c’est le vôtre.

Quand Elodie a déposé plainte, vous avez été convoqué, et vous ne vous êtes pas présenté.
Comme pour lui jeter votre mépris, une fois de plus à la figure.
J’ai aussi pensé à un manque de courage.

Méprisant et lâche.
C’est comme cela que vous m’êtes apparu très rapidement.
Je ne vous connais pas. Je ne vous ai jamais rencontré, jamais croisé. J’ai pourtant été tout près, dans la salle d’attente à côté où j’y avais des envies de vous frapper, de hurler, de vous massacrer.

C’est ailleurs ce que je me dise les gens depuis 4 ans « Moi, si c’était ma fille, le gars serait mort depuis longtemps ». Sauf que ça ne se passe jamais comme ça. Les violeurs sont des criminels. Les parents des victimes non.

Alors je vous ai imaginé.
j’ai lu et relu dans le dossier tout ce qui vous concernait.
Vous disiez que vous étiez beau, et grand, que les filles étaient folles de vous. Elodie m’avait pourtant dit que le premier regard l’avait terrorisé, sans vous connaître.
Alors j’ai voulu m’en assurer. C’est tellement facile avec les réseaux sociaux. Et puis j’ai vu votre visage, qui m’a donné envie de vomir et puis de le frapper, encore et encore. Je vous ai trouvé affreux, effrayant, pire que ce que j’imaginais. Comme si vous aviez une vraie tête de l’emploi. Celle qu’on s’imagine d’un violeur.

Mais à votre décharge, je crois qu’on ne peut pas trouver séduisant le connard qui a violé sa fille.

Aujourd’hui, je n’ai pas envie de vous expliquer les douleurs, les souffrances que le viol que vous avez commis a engendré parce que ça vous conforterait dans ce que vous recherchiez.

Quand on viole, c’est pour s’assurer de sa domination, pour détruire, pour tuer psychologiquement sa victime. C’est cela que vous vouliez. Puisque vous avez violé. Et c’est cela que vous avez fait.

Elodie est une survivante.

Aujourd’hui, on apprend, après 4 années de procédure, après un non lieu (parce que les juges préfèrent penser que le violeur est innocent et que la victime ment), après qu’Elodie ait fait appel (parce que c’était tellement injuste), que vous n’avez même pas dédaigné vous présenter afin de faire l’expertise psychiatrique obligatoire que demandait l’avocat d’Elodie.

Pourquoi? Parce que vous avez la trouille? Encore une fois.
Pourtant, il n’y a pas de profil type d’un violeur. Ce sont des types comme vous, comme lui, comme eux. Vous auriez même pu continuer à donner l’illusion que vous êtes quelqu’un de bien. Peut être… Mais vous n’y croyez même plus vous même.

Elodie, elle, s’est pliée à 2 reprises à des expertises psychiatriques. Et pourtant, elle est une victime.

C’est comme un nouveau coup de massue. Parce qu’ Elodie et moi, on attendait une réponse de la justice et que, encore une fois, c’est vous qui décidez qu’il n’y en n’aura pas. Enfin, pas aujourd’hui.

C’est inacceptable et insupportable.

Je me suis mise souvent à la place de vos parents.
Qu’est ce que j’aurais fait, moi, si l’un de mes fils avait été accusé de viol.
Je me suis demandée ce que je ressentirais si j’avais l’impression d’avoir élevé un monstre.
Mais je n’ai pas pu me mettre à leur place. Parce que même si, surement, ils essaient de se convaincre que vous êtes innocent, ils savent dans leur for intérieur, qu’une femme, si elle n’a rien subit, ne se lance pas dans de si longues années de douloureuses procédures pour rien. Ou pour se « venger »de quelqu’un qu’elle ne connaissait même pas…
Les expertises psychiatriques n’ont pas conclu que Elodie avait des problèmes mentaux. Ils ont juste conclu qu’elle avait un grave traumatisme à cause du viol qu’elle a subit.
Alors je me dis, que vos parents, doivent être bien tristes, au fond d’eux.

Voilà, tout ça pour vous dire que vous n’avez pas gagné la partie encore.
Tout ça pour vous dire que, même si vous essayez de défendre l’indéfendable, on sait, vous et moi ce que vous avez fait.
Et même si la justice n’a pas voulu voir que vous vous comportiez comme un violeur depuis le début de cette affaire, même si vous pensez faire parti des 99% de violeurs qui ne seront pas condamnés dans un monde où l’on viole en toute impunité, moi je veux vous le dire:
vous êtes un criminel.
Parce que le viol est un crime.
Que vous avez commis ce crime.

Vous, vos parents et moi, on le sait.
Et c’est le principal.