Vigneron-ne en 2021

Vigneron-ne en 2021

Cette saison, il faut l’avouer, nous met les nerfs un peu à bout.
A peine la vigne était-elle débourrée que le gel s’est invité, plusieurs nuits de suite, et encore la semaine qui a suivi.
Et puis voilà qu’au printemps, il s’est mit à pleuvoir, pleuvoir, pleuvoir beaucoup, sans arrêt, encore et toujours des semaines entières.
Avec un peu de répit…et ça retombait de plus belle. Avec quelquefois un peu de grêle, pas mal même…
Nous voilà dans l’été, avec toujours le même scénario.
Et une pression mildiou bien pressante.
Des traitements qui ne peuvent pas se faire, ou sans que ça serve à grand chose car ce sera lessivé quelques heures plus tard.
Traiter or not traiter, that is the question que se pose le-la vigneron-ne. Ne pas traiter, c’est passer pour un-e inconscient-e, un-e jemenfoutiste, un « tu viendras pas te plaindre si t’as plein de maladie » (ça me rappelle une certaine histoire de Covid et de vaccin cette histoire là).
Et aller traiter entre 2 averses, pour des histoires de conscience, quand tu sais très bien que tout sera lessivé (parce qu’on n’est pas débile, on a, nous aussi, les applications météo qui nous annoncent, un peu, ce qui se passera dans les heures, les jours à venir…).
Bref.

Vigne en fleurs le 19/6/2021

On nous demande, à nous vigneron-nes de rester humbles face à la nature, et … face à nos vins. On l’entend tellement souvent « c’est comme ça hein! », sauf que, secrètement, on aimerait que ce soit autrement…
L’humilité, la résilience, ce sont des mots à la mode, que l’on n’utilisait pas mais qu’on a toujours appliqué dans nos vies. Parce qu’on n’a pas d’autres choix.

Aujourd’hui, après cette mise au point du millésime 2021, qui n’est de toute façon pas terminé et dont on pourra tirer un bilan quand les raisins seront en cuve, puis les vins terminés…, j’ai envie parler des dégustations de vins. De ce que je lis, entends, vois, sur les réseaux sociaux et dans la vie, la vraie.

L’autre jour, un homme vient m’expliquer comment sont nos vins (ça ne partait pas très bien, mansplaining quand tu nous tiens!), ce qu’il en attend. « Avant vous faisiez des vins moins alcoolisés (genre on le fait exprès), etc…
Alors j’essaie de lui expliquer tranquillement, de m’exprimer avec des mots clairs, posés et intelligents.
Nos vins, comme nous, ont évolué. Et heureusement.
Mais il n’y a pas que nous qui avons changé et qui avons vieilli, pris de la maturité, de l’expérience, de la bouteille en somme!
La météo a changé, le climat a changé, nos vignes ont changé (22 ans de culture bio, la biodynamie etc…). Aujourd’hui, on ne sait plus faire des vins comme on les faisait il y a 20 ans. On a davantage de sucre dans les raisins, moins d’acidité, pour ne parler que de l’essentiel. Et beaucoup de nos remises en questions ont été remises en question elles mêmes par le dérèglement climatique…

Le mois dernier, nos vins ont été cités dans Le Monde (en France, c’est presque une première, parce que j’avoue ne jamais envoyer d’échantillons nulle part) et puis surtout au Danemark, par un Monsieur très influent dans le monde du vin, qui a attribué 6 étoiles (le max) au saint Amour 2019 et 5 étoiles au Poquelin 2018. Tout à coup, j’étais submergée de messages, de commandes. Et ça nous a fait un bien fou au moral!
Le saint amour 2019, c’était (je dois malheureusement en parler au passé!) l’un de mes vins préféré. J’ai du le défendre avec toute la conviction qui me caractérise parce que les gens le trouvaient réduit (oui de cette petite réduction qui donne une classe folle), trouvaient que la couleur n’était pas assez prononcée (on l’avait volontairement travaillé pour obtenir cette couleur et ça n’a pas été facile vu le millésime…) mais que je trouvais tellement désaltérante. Il avait la finesse et l’élégance des vins que j’aime mettre en bouteilles. On lui trouvait aussi « de la vol » qu’il n’avait pas…
Et on le comparait à 2018, et 2017.
Mais??? 2019, c’est 2019. On n’a pas voulu en faire un 2018 ou un 2017. Parce que ce n’est pas le même millésime. Parce que l’on fait des vins avec une vraie identité. Qui ne se ressemble pas d’un millésime à l’autre. Et heureusement! Qu’est ce que ce serait barbant!
Mais je me suis battue pour lui, comme je me bats pour d’autres! Parce que je lui savais des qualités incroyables que d’autres sauraient relever, surement à un moment donné. Parce qu’il n’est pas un vin juste glouglou ou « easy », comme on aime le dire dans le monde des vins natures. On s’évertue à essayer de vinifier du vin, vraiment, pas juste une boisson désaltérante pour s’enivrer rapidement.
C’est chose faite! Et j’ai été tellement fière que ce soit ce vin là, qui soit cité. Comme une petite revanche finalement « Je vous avais bien dit qu’il était magnifique ce vin »!

Un jour, un autre, lors d’une dégustation, Mickaël, célèbre caviste de Crus et Découvertes à Paris, me dit qu’il ne comprend pas pourquoi j’ai encore du Moulin à Vent 2019, parce qu’ il est tellement un grand vin, et qu’apparemment personne ne l’a compris!
Je lui explique que nos Moulin à Vent, quelquefois, ont eu des passages un peu compliqués (il le sait!), et qu’on nous juge souvent, très souvent, sur une dégustation à un moment donné, et qu’on n’y revient pas.
-C’est perlant, c’est réduit, c’est Perraud, bye bye!
Le Moulin à Vent, c’est nos vignes, à Chénas, tout là haut, au vieux Bourg, celles qu’on a acheté en 1993, celles que tout le monde nous déconseillait d’acheter, quand les banques ne voulaient pas nous suivre. C’est encore une grosse remise en question, pour comprendre l’endroit, le sol, les vignes, les raisins. C’est 22 ans de travail acharné avant de pouvoir sortir enfin, peut être, un vin qui nous satisfera en 2015.

Je me rappelle aussi, les moulin à Vent 2006, dont une partie du lot avait été bouché avec des bouchons défectueux. Pas de ceux qui donnent un gout de bouchon, mais de ceux qui rendent le vin « pas terrible ». Je commençais à avoir des retours parfois violents de quelques clients. Quand on a compris que c’était une partie de la mise en bouteilles qui était concernée, j’ai appelé tous ceux qui en avaient reçu. Certains m’ont retourné le vin et m’en ont voulu et n’ont plus jamais recommandé (super, sympa merci)
Pourtant, mon client à Boston, m’a dit qu’il les vendrait quand même, que je ne m’inquiète pas. C’est vrai que ce n’était pas mauvais, c’était juste « pas notre vin vraiment ». Et ce client là, qui venait nous voir très régulièrement, nous est fidèle depuis 19 ans, encore aujourd’hui. Parce qu’il a accepté et compris qu’on ne maîtrise pas tout, comme vous tous d’ailleurs…

J’ai tellement de reconnaissance pour tous ces gens, nos clients français et étrangers qui nous font confiance quand quelquefois même nous, on ne se la fait plus! Qui font confiance à nos vins, aux histoires sincères qu’ils racontent, notre histoire!

C’est compliqué d’accepter d’être jugé-e sur une gorgée balancée au fond d’un crachoir. C’est d’ailleurs aussi pour cette raison que je n’envoie pas mes bouteilles (ou que très rarement) à toutes ces dégustations qui attribuent des notes et des médailles… Dans une bouteille de vin, j’y vois nos sueurs, nos angoisses, nos bonheurs, nos réussites et nos échecs. Et se faire son idée, comprendre, en une seule gorgée, là comme ça, ça me parait impossible. Je voudrais tellement être là, à chaque bouteille ouverte, pour raconter nos vins!

Alors… je nous imagine dans un an, le millésime 2021 sera peut être en bouteilles, et j’entends déjà au loin, les éternels insatisfaits:
« ouais, bof, c’était meilleur en 2020 non?! »


Lettre ouverte au violeur de ma fille

Lettre ouverte au violeur de ma fille

Voilà 4 longues années, que je m’adresse à vous, et que ça tourne et retourne dans ma tête.

Je te vouvoie aujourd’hui, mais j’avoue te tutoyer dans ces moments là, et puis je me dis que ça serait trop familier, ici.
ça pourrait aussi amener une figure de style méprisante. Alors je reconnais avoir hésité.
Bref, je vais rester sur un vouvoiement.

Mais il n’ a rien de respectueux. Qu’on soit bien clair.

Et je me suis donc enfin décidée à vous écrire aujourd’hui, pour que vous puissiez me lire, peut être un jour, si toutefois vous en avez le courage, celui-ci qui vous manque tellement.

Je n’arrive pas, depuis ce viol, à prononcer votre prénom.
Alors vous êtes « l’autre connard », « l’autre » ou « le violeur de ma fille ».
Comme si vous attribuer un prénom, c’était reconnaître que vous êtes capable d’humanité et quelqu’un de respectable. Mais ce n’est pas le cas.

Quand on entend votre prénom, avec Elodie on se regarde et on se dit « quel prénom de merde ». C’est pourtant un prénom de personne surement très respectable. Mais c’est le vôtre.

Quand Elodie a déposé plainte, vous avez été convoqué, et vous ne vous êtes pas présenté.
Comme pour lui jeter votre mépris, une fois de plus à la figure.
J’ai aussi pensé à un manque de courage.

Méprisant et lâche.
C’est comme cela que vous m’êtes apparu très rapidement.
Je ne vous connais pas. Je ne vous ai jamais rencontré, jamais croisé. J’ai pourtant été tout près, dans la salle d’attente à côté où j’y avais des envies de vous frapper, de hurler, de vous massacrer.

C’est ailleurs ce que je me dise les gens depuis 4 ans « Moi, si c’était ma fille, le gars serait mort depuis longtemps ». Sauf que ça ne se passe jamais comme ça. Les violeurs sont des criminels. Les parents des victimes non.

Alors je vous ai imaginé.
j’ai lu et relu dans le dossier tout ce qui vous concernait.
Vous disiez que vous étiez beau, et grand, que les filles étaient folles de vous. Elodie m’avait pourtant dit que le premier regard l’avait terrorisé, sans vous connaître.
Alors j’ai voulu m’en assurer. C’est tellement facile avec les réseaux sociaux. Et puis j’ai vu votre visage, qui m’a donné envie de vomir et puis de le frapper, encore et encore. Je vous ai trouvé affreux, effrayant, pire que ce que j’imaginais. Comme si vous aviez une vraie tête de l’emploi. Celle qu’on s’imagine d’un violeur.

Mais à votre décharge, je crois qu’on ne peut pas trouver séduisant le connard qui a violé sa fille.

Aujourd’hui, je n’ai pas envie de vous expliquer les douleurs, les souffrances que le viol que vous avez commis a engendré parce que ça vous conforterait dans ce que vous recherchiez.

Quand on viole, c’est pour s’assurer de sa domination, pour détruire, pour tuer psychologiquement sa victime. C’est cela que vous vouliez. Puisque vous avez violé. Et c’est cela que vous avez fait.

Elodie est une survivante.

Aujourd’hui, on apprend, après 4 années de procédure, après un non lieu (parce que les juges préfèrent penser que le violeur est innocent et que la victime ment), après qu’Elodie ait fait appel (parce que c’était tellement injuste), que vous n’avez même pas dédaigné vous présenter afin de faire l’expertise psychiatrique obligatoire que demandait l’avocat d’Elodie.

Pourquoi? Parce que vous avez la trouille? Encore une fois.
Pourtant, il n’y a pas de profil type d’un violeur. Ce sont des types comme vous, comme lui, comme eux. Vous auriez même pu continuer à donner l’illusion que vous êtes quelqu’un de bien. Peut être… Mais vous n’y croyez même plus vous même.

Elodie, elle, s’est pliée à 2 reprises à des expertises psychiatriques. Et pourtant, elle est une victime.

C’est comme un nouveau coup de massue. Parce qu’ Elodie et moi, on attendait une réponse de la justice et que, encore une fois, c’est vous qui décidez qu’il n’y en n’aura pas. Enfin, pas aujourd’hui.

C’est inacceptable et insupportable.

Je me suis mise souvent à la place de vos parents.
Qu’est ce que j’aurais fait, moi, si l’un de mes fils avait été accusé de viol.
Je me suis demandée ce que je ressentirais si j’avais l’impression d’avoir élevé un monstre.
Mais je n’ai pas pu me mettre à leur place. Parce que même si, surement, ils essaient de se convaincre que vous êtes innocent, ils savent dans leur for intérieur, qu’une femme, si elle n’a rien subit, ne se lance pas dans de si longues années de douloureuses procédures pour rien. Ou pour se « venger »de quelqu’un qu’elle ne connaissait même pas…
Les expertises psychiatriques n’ont pas conclu que Elodie avait des problèmes mentaux. Ils ont juste conclu qu’elle avait un grave traumatisme à cause du viol qu’elle a subit.
Alors je me dis, que vos parents, doivent être bien tristes, au fond d’eux.

Voilà, tout ça pour vous dire que vous n’avez pas gagné la partie encore.
Tout ça pour vous dire que, même si vous essayez de défendre l’indéfendable, on sait, vous et moi ce que vous avez fait.
Et même si la justice n’a pas voulu voir que vous vous comportiez comme un violeur depuis le début de cette affaire, même si vous pensez faire parti des 99% de violeurs qui ne seront pas condamnés dans un monde où l’on viole en toute impunité, moi je veux vous le dire:
vous êtes un criminel.
Parce que le viol est un crime.
Que vous avez commis ce crime.

Vous, vos parents et moi, on le sait.
Et c’est le principal.