O ‘rage

Quand la vigne commence à pousser, on commence, nous, à stresser. Parce qu’elle est là, sans casque, fragile, à la merci des intempéries.
Le fait qu’on stresse ne change pas grand chose, je vous l’accorde mais c’est dans la nature humaine d’avoir peur pour ce et ceux qu’on aime.
Et moi, je suis d’une nature assez…humaine, même si je ne comprends pas la majeure partie des êtres humains.

On a peur à chaque orage annoncé par la météo. On se rassure en se disant qu’elle se trompe souvent tout en allumant un cierge, au cas où elle ne se trompe pas. On reste méfiant, faut pas déconner non plus.
Les orages passent, on sert les fesses, on se dit qu’on n’est passé pas loin. Quelquefois, y a bien quelques grêlons qui font un peu de mal, mais on se rassure en se disant qu’il reste encore de bien beaux raisins et que si le ciel s’en tient là, on s’en contentera et on s’en estimera même bienheureux, comme Alexandre.

Et puis le fameux orage arrive. Celui qu’on attend depuis que la vigne a débourré.
Qu’on attend sans attendre, qu’on redoute plus qu’on attend, tout en sachant qu’il arrivera. Et en se disant que si on est épargné, ce sera vraiment un coup de chance.
Ce n’est pas un coup de malchance que d’être touché par un orage de grêle, c’est plutôt un coup de chance que de ne pas l’être.

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Après la grêle, on dynamise la tisane de valériane pour pulvériser sur les vignes

Bien sûr qu’il y a des choses plus grave dans la vie. C’est ce que te disent les gens qui rageraient de travailler pour rien.
Bien sur que la santé, c’est plus important qu’un malheureux cep de vigne pour lequel on s’est fatigué pendant tout une année.

Et ceux dont le métier n’est pas d’être dehors de nous dire « oui, c’est comme ça ».
C’est comme ça, c’est comme ça. J’aimerais bien que ce soit autrement, si tu vois ce que je veux dire.
Mais c’est plus c’que’c’était, et c’est comme ça et pas autrement.

Je n’ai pas pleuré quand la grêle est tombée. Je n’ai pas eu peur quand l’orage s’est déchaîné. Pour la première fois.
Je ne m’habitue pourtant pas. Parce que c’est à chaque fois différent. La taille des grêlons, l’intensité du vent, la puissance de la pluie, la durée de l’orage.

J’ai juste éprouvé un immense sentiment de lassitude.
Je suis prête à combattre le diable, mais là, je reconnais mon impuissance parce que je ne peux pas me battre contre le ciel. Il est plus fort que moi et il est impitoyable.

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Beaucoup de raisins n’ont pas résisté à la violence de l’orage, d’autres ont été blessé

Je reste quand même persuadée que ces orages violents à répétition sont les débuts d’un dérèglement climatique que l’on a provoqué. Et que l’on ne veut pas essayer de calmer. L’homme est persuadé d’être le plus fort. Il veut aller au bout. Il donne pour cela toutes les excuses du monde. Mettant en avant sa liberté de faire ce qu’il a envie alors que ses envies sont conditionnées dès la naissance par le monde dans lequel nous vivons. Nos modes de consommation et de production sont politiques. Et les lobbys tellement puissants pensent à notre place, nous faisant croire que nous agissons en être libre.
« Je bois du coca parce que j’adore le coca. » Et non, tu bois du coca parce que le plan marketing de coca-cola t’a conditionné à boire du coca. Parce qu’honnêtement, le Coca, c’est pas bon si?

Je voudrais que ceux qui sont contre la culture bio, ou qui s’en servent à titre purement marketing, le reconnaissent.  Reconnaissent qu’ils ont tords et qu’on n’a pas progressé mais qu’on s’englue dans un système qui conforte le plus grand nombre.
J’ai été effarée la semaine dernière par les discours que pouvaient tenir certaines personnes uniquement pour justifier leur méthodes de production non bio.
Je ne crois plus que la culture bio et que les agriculteurs bio sauveront le monde. Je l’ai cru au début, il y a 20 ans. Mais il y a trop de choses contre lesquels ils ne peuvent pas lutter. Des choses contre nature qui sont ancrées aujourd’hui comme étant naturel.
Alors même si ce sont des pas de fourmis que font ces quelques agriculteurs et vignerons bios, il faudra quand même un jour qu’on reconnaisse leur courage d’affronter un monde où ils n’ont pas leur place et où on les empêche d’avancer.

Lisez ceci, vraiment, prenez 5 mn.

Tout ça pour dire que le Domaine a été bien touché par la grêle cette année encore.
Que nous devrons, cette année encore, acheter des raisins BIO pour essayer de compenser la perte et que c’est moyennement rentable.
Mais que nous ne baissons pas les bras.
Quelquefois, j’avoue me demander ce qui  fait qu’on est si pugnace.

Nous entamons même un gros bouleversement dans nos parcelles. En plus de la conversion vers la Biodynamie, nous savons depuis longtemps que le travail du sol est un non sens. Nous allons donc semer plein de graines différentes pour essayer d’enrichir nos sols, éviter de labourer, coucher l’herbe et ne plus la couper.

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Bruno et Yohan essaient l’engin qui couchera l’herbe

« L’agriculture de conservation redonne au sol le premier rôle dans la production végétale. Le sol est considéré non pas comme un support de culture, mais comme un milieu vivant. Le protéger améliore son fonctionnement, restaure ou augmente la fertilité. L’activité biologique remplace alors le travail mécanique considéré comme perturbateur de la structure et des équilibres. L’agriculture de conservation va plus loin que les Tcs, techniques culturales simplifiées. Elle repose sur 3 axes majeurs : abandon du travail du sol, couverture permanente du sol, rotation longue. « 
Tout cela sera le sujet d’un autre billet où je vous expliquerai où nous allons et surtout pourquoi nous y allons.

 

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