Le patron vous remercie bien

« Déguster, c’est comparer, c’est donc à la base connaître.
Pour connaître, il faut multiplier ses investigations en observant, en notant ses impressions. Mais il faut aussi savoir que nos sens sont imparfaits, et que pour les rendre fidèles, la volonté, l’attention sont indispensables. Les temps aidant, car l’expérience est longue, la dégustation réfléchie procure au dégustateur, s’il porte en lui l’amour du Beau, du Vrai et du Vin, la joie profonde de pénétrer dans ce domaine où la nature se plait à concentrer son Génie »
Jules Chauvet ( il était important de se remettre à niveau…)

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Il y a quelques semaines, nous avions été contacté par l’agence de com de l’Inter Beaujolais pour nous demander si nous serions d’accord afin qu’ils tournent un film chez nous au moment des vendanges pour, selon leur propre mots, remonter l’image du beaujolais… (Me demandez pas ce que c’est que L’inter Beaujolais, je n’y ai jamais rien compris. Y a les vignerons d’un côté et le négoce de l’autre mais les uns ne peuvent pas se passer des autres qui disent que c’est la faute des uns et les autres qui disent que c’est la faute des autres… Qui est responsable  de quoi  et avec qui? Ma foi, j’en sais rien).
(Revenons à nos moutons:)
Mon étonnement fût étonnamment grand ???
Et mon incompréhension totale.
En fait je me demandais s’ils savaient bien à qui ils s’adressaient?
Ils s’étaient sans doute trompé de numéro de téléphone?

Non.

C’était nous. Les Perraud. Nous, qui voyons nos vins refuser aux agréments tous les ans (oui, TOUS)
Pour résumer, à chaque fois qu’ils les ont goûté, ils n’ont pas aimé (même quand c’est super bon)
Ce qui nous vexe un peu plus chaque fois, avouons le. Surtout Bruno.
(Les agréments c’est le genre de trucs que les vignerons trouvent nuls et inutiles quand leurs vins sont déclassés, et dont ils se vantent quand les vins ne sont pas recalés:
-Non, moi je n’ai jamais eu aucun souci aux agréments. Vraimeeeeeent! Toi tu en as? ahhhhh bon??? (sous entendu, qu’est ce que t’es naze)
J’admire en cachette ce genre de vignerons! Mais comment font-ils? Ils sont vraiment trop forts. Exceptionnels, merveilleux, magnifiques….
Non, c’est des conneries, je n’admire pas ce genre de trucs. Mon admiration se concentre sur d’autre valeurs en fait.)
Je n’arrive même pas à comprendre que des vignerons dégustent encore des vins autour d’une table, dans le seul but de lui trouver un défaut et de lui coller  un défaut mineur? majeur, Graaaave.

Toi, tu attends la sentence. Tu attends le mail. Et rien que dans l’objet du mail, tu sais à quel sauce ils t’ont mangé « Rapport d’évaluation non conforme ».
Bref.

Alors nous, les Perraud dont ils recalent systématiquement les vins avec des défauts mineurs, majeurs ou graves, dont les vignes font également l’objet de déclassement pour différentes raisons.
Nous? On va remonter l’image du beaujolais?
Je ne vois pas trop comment…

On essaie déjà de remonter dans notre propre estime… Ne nous demandez pas l’impossible non plus.

On a quand même tourné le petit film, dans nos vignes bio, travaillées et enherbées . Parce que ça passe mieux à l’écran. Faut de l’herbe, mais pas trop. mais y en faut un peu. C’est mieux pour l’image.

Tout cela pour dire que nos beaujolais, même après qu’on ait fait des beaux sourires dans le film et qu’on ait bien parlé, je trouve, pour le beaujolais, sont encore une fois non conformes  (comme toujours, rien ne bouge rien ne change).
J’aurais trouvé ça plutôt sympa qu’ils nous foutent la paix cette année. Juste pour nous remercier d’avoir accepter de tourner dans nos vignes et d’avoir payé une troupe de vendangeurs à ne rien faire pendant une demi journée. Je ne fais jamais rien en attendant un retour. Mais dans ce cas là, j’me dis qu’il aurait été plutôt élégant qu’il nous en accorde un (de retour).

Mais tout se perd ma bonne dame, même la reconnaissance.
Alors en remerciement, on sera recalé, on se coltinera un nouveau contrôle et on paiera… Parce que si on ne paie pas, ils n’auront pas d’argent pour tourner des films dans nos vignes. Et s’ils tournent pas de films dans nos vignes, ils ne peuvent pas remonter l’image du beaujolais. Et s’ils peuvent pas remonter l’image du beaujolais, on est dans le caca…

Mais on l’est déjà, à ce qui parait.

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Illustration Rémy Bousquet : « ça bouchonne à paris et ça débouchonne chez nous »

7 Commentaires

  1. Bonjour a vous,
    De quel agrément parlez vous?
    Je suis curieux.
    Inter Beaujolais donne t il cette agrément?
    Inter Beaujolais n est pas très bon diplomate!
    Affaire a suivre…

    1. Bonjour, C’est Siqocert qui s’occupe maintenant de contrôler nos vins et nos vignes. Et qui nous autorise à les mettre en circulation ou non selon le défaut qu’ils auront attribué. J’ai un peu fait exprès de tout mélanger: siqocert, interbeaujolais etc… Parce que c’est un peu tout mélangé dans la réalité que nous vivons. Bien sûr, certains me diront que je n’y comprends rien et que j’y mélange tout…Ne vous inquiétez pas pour moi, mes neurones fonctionnent très bien!
      Mais vous avez eu raison de demander confirmation. Je comprends que ce ne soit pas clair pour la plupart!
      bien à vous,
      isabelle

      1. Parce que pour remonter l’image du beaujolais, faut selon moi, des vins et des vignerons irréprochables. Ce qui ne semble pas être notre cas si j’analyse la non conformité de nos vins et de nos vignes depuis…… belle lurette.

    2. Par contre, si la conformité ou non n’a rien à voir dans le fait d’être un vigneron qu’on mettra en avant pour faire valoir le Beaujolais… ça sert à quoi alors?

  2. Edifiant de la part d’Inter Beaujolais! Ancien Professeur de Sommellerie, et plein de confiance envers les corps constitués, j’avais demandé (dans les années 90) à cet organisme officiel de nous adresser des échantillons pour nos cours de dégustation auprès de nos élèves. Au bout de deux années, les échantillons étant tout simplement d’une médiocrité infinie, sans âme ni personnalité, je renonçais définitivement à renouveler ce « partenariat ». Je souligne que les élèves ne pouvaient aussi émettre ni avis ni vivre la moindre émotion avec ces piteux breuvages, malgré leur si juvénile expérience. Pour l’anecdote, à l’âge de 17 ans (nous sommes en 67), alors en apprentissage, mon chef de cave du grand restaurant où j’officiais, m’avait fixé comme objectif premier de savoir distinguer les 9 (à cette époque) crus du Beaujolais, condition indispensable à ses yeux pour prétendre à être un apprenti dégustateur en devenir…De tout cœur avec vous. et votre combat (qui a été aussi le mien dès les années 80, quand j’ai commencé à enseigner).

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