Ne plus se taire

Quand Elodie m’a appelé ce jour de septembre 2016, pour me dire « maman, j’ai été violée », le monde s’est écroulé sous mes pieds.
J’ai éclaté en sanglots, de rage, de terreur, d’incompréhension, de chagrin, d’impuissance, de culpabilité.
J’en ai voulu à la terre entière.
Je m’en suis voulu à moi même.
De ne rien avoir empêché.
Je m’en veux tellement.
D’avoir fait confiance.
D’avoir éduqué mes enfants à faire confiance.

Je vous ai tous détesté. J’ai refusé qu’on compatisse à ma peine. J’ai refusé qu’on pleure avec moi. Qu’on me touche. Qu’on m’embrasse.
Qu’on essaie de me consoler.

J’ai dit qu’il fallait porter plainte. Pour toi ma fille, pour les autres femmes.
Parce qu’en se taisant, on les encourage à continuer, en toute impunité.
Elodie ne voulait pas, terrorisée, sidérée encore.
Son grand frère a immédiatement pris un billet de train pour Paris, quitté son travail, pour aller la rejoindre, la protéger, quelques jours, le temps qu’elle finisse ce qu’elle avait à faire à son travail.

Et nous sommes allées, elle et moi, à la police, déposer la plainte pour viol. A Paris, cette ville que je déteste depuis ce jour.

Au fil des jours, j’ai réalisé avec effroi l’état de détresse de ma fille. J’ai compris la sidération, le choc post traumatique, l’amnésie traumatique… Et j’ai compris aussi que ce serait difficile de la soigner parce que la plupart des Psy ne disaient pas qu’ils sont incompétents sur ce sujet, et lui faisaient plus de mal que de bien.

Je compare sa blessure à une plaie béante qu’il faudrait recoudre mais sur laquelle les thérapeutes se contentaient de mettre de l’alcool à brûler…

Elle avance dignement dans son combat. Nous sommes très fiers d’elle.
Elle a souhaité sortir de son silence. Parce que se taire, c’est accepter de se sentir coupable quand on est innocente.
Le silence assourdissant de toutes ces femmes me brise le coeur et le corps… Je les comprends et les respecte de toute ma force de femme.  Je voudrais, à toutes, leur prendre la main et les accompagner vers la parole, celle qui libère, parce que le chemin est tellement difficile…

Je vous laisse lire ce qu’elle a écrit, au fil des mois, lignes par lignes pour exorciser ses douleurs.

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Je vous laisse aussi prendre connaissance de la cagnotte qu’elle a mis en place, suite à un non-lieu qui nous laisse sans voix après des mois et des mois d’instruction: alors que le Procureur avait rendu un réquisitoire en faveur d’Elodie, la Juge a occulté des mois d’enquête, des témoignages accablants et ce fameux réquisitoire pour rendre un jugement digne de la belle culture du viol à la française.

Elodie a fait appel. Elle a aujourd’hui besoin d’un soutien, au delà du soutien familial.
Parce que la cause des femmes, et les violences qui leur sont faites sont des sujets qui lui tiennent à coeur. A moi aussi.

Parce que la Honte doit changer de camp.

Je suis fière de ma famille: de son Père, ses frères, Valentin et Thomas, de sa petite soeur Rose, de Camille et Lily, et de Charles présent pour elle chaque jour.
Tous ensemble, nous avons formé une bulle protectrice où elle sait qu’elle peut se recroqueviller quand c’est trop difficile pour elle toute seule.
Et merci à celles et ceux qui nous écoutent.

Libérer la parole c’est bien, encore faut-il que les gens sachent l’accueillir…

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